janvier 20th, 2010

Le Diginovel Level 26 à l’épreuve du clic

Level 26 a été présenté à grands renforts de trailer vidéo comme une « Révolution » , un changement de dimension du livre. Pour ce faire, l’éditeur a joué sur plusieurs ressorts.  D’abord son « créateur » ( vous noterez que la terminologie n’est pas auteur mais bien créateur ) n’est autre que le  scénariste de la série la plus regardée dans le monde CSI : Anthony E.Zuiker. De plus, il s’agit d’un « livre augmenté » c’est-à-dire une forme hybride nouvelle mélangeant les univers du livre, du film et du site internet.  Le principe est  relativement novateur : vous achetez un livre et à l’intérieur de celui-ci, toutes les 20 pages environ, vous découvrirez un code  qui vous permettra d’ouvrir les vidéos reliées sur le site internet créé à cet effet réunissant la communauté des lecteurs et l’animant.

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Au fondement il y a une nouvelle de 60 pages de Duane Swierczynski. Augmenté par Anthony Zuiker, elle atteint un tout autre niveau, le 26 plus exactement, le niveau suprême de classification criminologique des tueurs. Un serial killer contorsionniste et sadique nommé Squeegel, sévit sur la surface du globe, sans jamais laisser d’indice sur son identité grâce à un subterfuge de fétichiste du latex, une sorte de préservatif affublé de fermetures éclairs savamment placées le recouvrant entièrement, ce qui implique une forte utilisation de beurre ( toute autre que celle du Dernier Tango, quoi que …).  Evidemment, le seul homme , Dark (quelle symbolique dans le nom n’est ce pas ? ) pouvant l’arrêter a subi les ires du méchant caoutchouc , qui a découpé toute sa famille. Depuis, il compte les morceaux de sa vie au bord de la mer avec sa nouvelle femme, tellement plus belle et tellement enceinte . Mais Squeegel  dérange jusqu’au plus haute sphère de l’Etat américain :  le Secrétaire d’Etat à la Justice qui tel un Hoover accouplé à un Don Corleone, peut faire éliminer tout élément récalcitrant par ses forces de l’ombre.  Est-ce que Dark arrivera à ôter la capote de Squeegel ?

Pour le savoir, vous aurez donc le choix des armes : l’objet, la connexion ou la communauté.  Il semble que l’intérêt principal de ce Diginovel soit dans sa forme hybride originale. L’objet livre contient des dessins de Mark Ecko, symbolisant en noir et blanc, les étapes de l’énigme. Mais surtout, toutes les 20 pages, vous trouvez un indice permettant d’ouvrir un CYBER BRIDGE.  Ce pont  entre la rive textuelle et  un petit film complément de la narration n’est pas un passage obligatoire. Toutefois, il apporte un supplément d’âme à un scénario qui vous fait ramer sur tous les clichés du polar américain.  En vous connectant sur le site, vous trouverez une page d’accueil entièrement en anglais, sur un fond noir oppressant vous pourrez découvrir le  trailer, des indices sur les suites prévues à Level 26, et toutes les entrées vous permettant de dialoguer entre lecteurs-fans du roman. Bref un roman à clés, les clés du portail.  Avec un casting impressionnant pour une websérie ( entre autre Mickael Ironside, dont les fans de V se souviennent , et le fameux RubberBoy), les additifs video d’une durée moyenne de 4 minutes améliorent considérablement l’appréhension du livre, par leur réalisation appliquée et leur atmosphère aussi glauque que kitsch.  Loin des rumeurs de gore, vous ne trouverez rien de plus que dans un épisode des experts. Ah si ! Vous y trouverez ce petit supplément qui fait rêver : la scène de sexe ! Et petite transgression aux codes du genre, madame est enceinte ! Racoleur Zuiker ? Pour ceux qui souhaitent dialoguer et savoir qui de John Gacy ou de Squeegel est le plus psychopathe, you’re welcome in the forum. Choisissez votre avatar, avancez masqué ou avec votre véritable identité, la seule chose que vous n’aurez pas le droit d’être, c’est autre chose qu’américain puisque c’est la seule nationalité prise en compte lors de l’inscription.

Vous me direz  un livre et son adaptation cinématographique directement accessible,  révolutionnaire ! Et je vous dirai qu’une révolution, c’est tout de même revenir à peu de chose près au point de départ.  Il est heureux par exemple que la connexion au site ne soit pas obligatoire pour la compréhension de la narration. En effet, sous sa forme papier, cela nécessite un ordinateur à portée de main toutes les 10 minutes environ, de même que dans les versions électroniques, le format vidéo n’étant pris en compte par aucune des « liseuses » actuelles ( mais attendons fin janvier !) le mécanisme est donc aussi harassant.  Le créateur se réclame de l’économie d’attention et de la génération Y pour justifier ce remix littéraire. S’appuyer sur la réduction de l’envie de lecture chez les jeunes et une attention limitée, voilà l’erreur de diagnostic, pour cette tentative somme toute louable en son principe. Le succès de saga telles que Millenium ou Twilight prouve que la génération Y est aussi capable d’avaler 800 pages indigestes sans cliquer d’un œil ! La confusion entre lecture informative ou de recherche, qui effectivement, dans cette économie de l’attention, a des fenêtres temporelles de plus en plus réduites face à une offre variée, et la lecture de plaisir, plus confortable, qui déjà peine à s’acclimater au format électronique et à se détacher de l’objet,  a porté Anthony Zuiker à l’originalité quand il voulait une révolution.  Enfin, il convient de rappeler aux innovateurs qu’avant toute chose le lecteur lit avec son cerveau, non pas dans une démarche passive de consommateur télévisuel, mais dans un cadre solitaire et volontaire : il lit, analyse, intègre et transmet.  Par conséquent, avant d’augmenter le livre, il faudrait songer à l’écrire.  Et dans le cas de l’édition française à le traduire. Vous remarquerez en effet que la comptine essentielle pour donner des indices varie de traductions au fil du temps , sans doute pour mieux coller à la video.  A moins de grosses améliorations, pour les deux tomes suivant prévus, je me déclare déjà allergique au latex.

La révolution numérique n’influe pas encore vraiment sur la trajectoire du livre. Le contenu d’un livre augmenté peut il réellement dépassé l’enrichissement par l’hypertexte ?  Quand les auteurs s’empareront ils de cet outil en modulant leur écriture ? Que sera réellement la textualité performative dans les prochaines années ? Qui osera le roman total web : rythme, concu, enrichi par le web ?

Pourquoi ne pas tenter une expérience textuelle collaborative ? Je vous propose donc d’écrire un scénario, aussi bon que celui de Zuiker au minimum, avec pour base du latex, des fermetures éclairs et les personnages de niveau 26 que nous essaierons d’élever jusqu’au 27 ! Allez soyons fous , jusqu’au 30 !

janvier 19th, 2010

Une mémoire de Rhinocéros

Un abada, un bada,  voilà ce que nous allons suivre pre et post-mortem. D’abord sur ses pattes ensuite monté en coupe libatoire, il va traverser l’Europe. Il sera offert comme une curiosité  au roi du Portugal, Sébastien 1er. C’est une folie symbolique et exotique. Cela tombe bien parce que Sébastien est fou lui aussi : de Dieu. Il veut combattre l’infidèle, repartir en croisade. Comme le rhinocéros, il a la vue un peu courte, est obstiné sur les évènements, et comme cet animal , il fonce quand il se sent en danger. Droit dans un mur d’infidèles, qui va le piétiner. Et le grand animal caparaçonné  sera transmis comme un héritage à l’Espagne : un présent qui intéresse toutes les cours et tous les artistes. Au cours de ces pérégrinations, il sera dépecé, tanné, pourri de charançons, lustré, ébréché : pour finir par assister à la première fois de Christine de Suède avec un monsieur qui a théorisé la raison et la logique.

Descartes lui même aurait trouvé assez extraordinaire cette histoire de Rhinocéros, j’oserai même absurde. Absurde comme les réalités de cours de l’époque et leur intérêt pour l’exotisme animalier comme symbole de leur puissance. Catherine Clément en fait une saga. Traversant tous les siècles, rencontrant tous les Habsbourg, mêlant politique effleurée et histoire d’amour à la Juliette Benzoni émancipée de la réalité, accréditant une des thèses historiques romantiques de ce bon peuple qui aime tant rêver au retour de l’Age d’Or de la puissance, Catherine Clément prête sa plume à une saga historique simpliste, dialoguée à l’ancienne et sans autre visée que celle de faire rêver la ménagère sur ce bon vieux temps des croisades et des femmes à poils ( et quand je dis à poils , je veux dire sans épilation! ) . Le problème c’est qu’il y a peu de temps, un véritable intellectuel portugais , Prix Nobel de littérature, génial stylisticien, sachant faire du conte philosophique en ce début de 21eme siècle, a décrit avec brio le voyage exotique d’un éléphant.

Dix Milles guitares, Catherine Clément, Seuil

janvier 19th, 2010

Le réalisme de Zola et la musique de Jackson

Zola est institutrice, figure d’un autre âge, où les valeurs émancipatrices de l’éducation et du travail avaient encore un sens. Zola est noire comme le charbon de Germinal, elle habite la Nouvelle Orléans, en son ventre, celui des pauvres, et est mère d’un beau et bon garçon. Zola Jackson se tient droite dans ses principes, sensuelle dans sa cuisine, et si fière de cette petite musique de la réussite méritocrate qu’est le nom de son fils adoré, son chef d’œuvre : Caryl. Zola Jackson et sa chienne Lady vont entamer une danse macabre quand Katherina fera valser toutes les belles certitudes des constructeurs modernes ce 29 août 2005.

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Avec « Zola Jackson »  Gilles Leroy a utilisé sa langue vibrante et tendre pour rendre compte.  Il rend compte de l’Amérique d’avant, conquérante, combattive, pleine du rêve américain. Ce pays conquis de haute lutte fait d’égalité des chances, de ségrégation et de douceur de vivre. Zola Jackson est de cette époque là.  Zola est un chêne de la Nouvelle Orléans.

Elle a vécu les transformations de la vie et de la ville. Elle qui a les croyances ancrées dans le corps a lutté, s’est sacrifié,  pour Caryl, son fils qu’elle attend, qu’elle appelle, pour qui elle prie. Ses croyances, elle les enseigne : ne pas plier devant l’adversité, se préparer à tout, vivre en sachant que la tempête guette toujours, mais qu’elle finira par passer. Elle a vu les dernières générations croire qu’elles se mettraient à l’abri de tout, qu’elles avaient pris toutes les précautions : une meilleure éducation , des droits gagnés et plus respectés et des constructions indestructibles. Elle prie pour qu’ils reviennent à la raison, à la sienne, à ce qu’elle enseigne.

Zola Jackson attend son fils parce que c’est pendant la tempête que les familles se regroupent. Elle et sa chienne Lady verront les corps flotter devant leur fenêtre, des acteurs  faire de l’humanitaire, pendant que les eaux font plier les croyances modernes. Elle, elle reste humaine, respectueuse de la vie, par principe : celle des animaux et des hommes à égalité. Ces mêmes principes qui la protègent de la désespérance, ceux qui la laissent seule, sans contact avec la famille que son fils avait construit, parce qu’elle ne peut les respecter. Elle le voulait conquérant pour qu’il ne souffre  plus d’être minoritaire, d’être conspué.  Il a choisi  une voie qui le replaçait dans la lutte, suivant l’exemple de Bayard Rustin, qu’il a étudié.  La tempête est délirante et Zola Jackson commence à se déraciner.

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A la fin de Katherina, Zola Jackson de chêne est devenue roseau . Elle plie sous la tempête pour revenir à ses racines, ses principes : son fils, sous une forme ou une autre.  Elle le fait avec les mots de lucidité, de tendresse et de couleurs de Gilles Leroy. Elle le fait avec des mots simples mais percutants.  Elle le fait en conscience du monde.

Si « Alabama Song »  était le grand roman américaine de Gilles Leroy,  il était celui sur le passé de l’Amérique. « Zola Jackson » est celui sur son présent.

janvier 18th, 2010

Nick Cave m’a posé un lapin

Une sympathique peluche au bout du nez rose tendre et aux grandes oreilles. Des caractères rouges sang,  typologiquement proches du Wanted des dessins animés  proclamant le début de la fin dans le titre, suivis de lettrines noires, comme manuscrites, signature de cet avis de décès. Voilà la couverture du nouveau Nick Cave chez Flammarion. Un joli lapin enfantin pour illustrer la MORT DE BUNNY MUNRO. Et  pour le même modique prix (20€), la photo de l’arrière tête du lapin et de la face stylisée et sexy de Nick Cave.

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Bunny Munro  est  un lapin, un chaud lapin plus exactement. Bunny Munro senior est un raté, Bunny Munro le second est un père comme Senior avant lui , tout droit sorti de Bukowski, qui traine Bunny junior sur les routes de la vente de produits de beauté à domicile, après le suicide de sa nuisette orange préférée, Libby sa femme. Junior se révèle un observateur de la réalité de son père, cette mauvaise graine du politiquement correct, extrêmement mature, et malgré le fait que son cœur appartient à son Daddy, il se révèlera adulte pour deux.

La Fascination du lapin.

En lisant « Mort de Bunny Munro » , j’ai pris conscience de l’existence chez le créateur à tendance « morbid chic », pour reprendre l’expression de Liberati, d’une véritable fascination pour le mignon, inoffensif et tendre LAPIN.  Les occurences ont gambadé dans ma tête comme dans un champ de la Garenne profonde ! D’abord le lapin blanc d’Alice aux pays des Merveilles entrainant au fond du terrier de mon esprit, jusqu’à faire apparaître des  Roger Rabbit effrayants, qui se sont transformés fabuleusement en Franck de Donnie Darko, prophétisant l’arrivée des lapins de David Lynch dans Inland Empire, jusqu’à Caerbannog, le gardien carnivore d’une entière caverne de fantasmes dans laquelle devaient bien se trouver quelques lapins Playboy.

L’oryctolagus cuniculus se révèle en fait bien plus qu’une chair tendre et une paire d’oreilles si mignonnes et douces. Il détient une puissance symbolique un peu oubliée de nos jours au détriment de ce côté peluche. Nombre de personnages enfantins de dessin animé comme Bugs Bunny ou Pan-Pan se réfèrent aux caractéristiques évidentes du lapin : sa vitesse, ou sa douceur.  Dans les publicités , il représente l’ abondance reproductive comme chez Duracell.  Mais plus profondément, il est  dans la civilisation chrétienne un symbole janusien. Un lapin est symbole de pureté comme dans La vierge au lapin blanc du Titien, alors que plusieurs sont représentatifs d un érotisme débridé.  Il est chez les chinois un symbole lunaire alors qu’il est le totem de la déesse de l’Aube Ostara en Grande Bretagne. Quand aux hindous, ils en ont fait la personnification du sacrifice personnel, en le faisant se jeter dans e feu pour nourrir Bouddha, qui le récompensa en lui offrant une nouvelle maison : la lune.

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Bref, le lapin prête généreusement le râble à la personnification. La Fontaine, Lewis Caroll et Walt Disney ne s’y étaient pas trompés.  Nos créateurs modernes en ont fait toutefois un parangon de symbole de l’étrange, ces derniers temps, jusque dans Matrix.  Nick Cave en choisissant ce surnom a sans doute voulu syncrétiser ces différents symboles : l’enfance, le sexe, le sacrifice. Et après, tout, il est australien et la fascination pour le lapin, maudite bête qui a fait un carnage sur les terres de ses ancêtres est justifiée.

Un surnom, un pitch, un post-it de morale : le lapin fait tout vite

Bunny Munro baise dans une chambre d’hôtel quand sa femme l’appelle exprimant sa peur  d’être seule de manière hystérique et grotesque. Il ne pense qu’au plaisir de la décharge. Il raccroche et elle, elle s’accroche … le cou à la grille de sécurité et laisse tomber. Bunny récupère donc Junior pour son quotidien de road trip et de baise car il est VRP en cosmétique. Efficace car son expertise à Bunny c’est la chatte… La reconnaitre, savoir ce qu elle veut , la remplir et la faire payer à tout prix , il s’y connait.

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On voit dans ce pitch à quel point le surnom Bunny était justifié de la part de l’auteur ! Quoi de mieux qu’un nom de lapin pour un érotomane dépressif ? Si la queue n’est pas basse, les oreilles le seront peut être…. Nick Cave affirme qu’il a d’abord conçu ce roman comme un scénario pour Johhn Hillcoat.  Et au vu de la description de Bunny Munro je ne saurai trop conseiller Matt Dillon pour interpréter le rôle titre. Peut être qu’en ce cas, la ressemblance entre Hank Chinaski de Factotum notamment, et plus largement l’œuvre de Bukowski sera trop évidente.  Nick Cave a cherché ce style fait de crudité du réel et de marginalité qui caractérise ce grand auteur. L’intimité désespérée  de son personnage ne supporte pas l’analyse plus profonde de ses motivations : Bunny est creux.

Or Nick Cave a voulu le remplir. Le remplir d’intentions et de symboles. Il a créé Bunny Munro comme un prétexte à une fable évangélique simpliste.  Ce chaud lapin doit cristalliser l’humanité nécessaire et universelle qui apprend à pardonner à l’autre comme à soi même. Il a voulu par le sacrifice final de son fils démontrer que pour être adulte et humain, il faut savoir se couper d’une partie de soi même pour l’offrir au monde et à l’autre.

« J’ai l’impression qu’à travers l’écriture, je crée un monde plus large que la vie et peut être plus beau, plus intéressant » dit Nick Cave. Plus moral, sans aucun doute. Mais plus large ? Tout dépend de la largeur des vagins diverses et variés qu’il décrit. Mais plus beau ? Sa nomination au Bad Sex Award du Guardian semble solder l’idée même d’esthétique du livre.  Il enchaine les clichés, confond vulgaire et cru, et ne trouve ni le rythme  ni la profondeur de la voix du génial auteur de « The Mercy Seat ».

La voix de Nick Cave, Flammarion, nous propose de la retrouver , non pas dans le roman mais dans la promotion de celui-ci, innovante et transversale  avec un site dédié, sa propre application iphone, un audio livre, et en fond, ce que l’on aime le plus, la musique de Nick Cave and the Bad Seeds. Car le Nick Cave percutant, rebelle, profondément humain, celui que j’admire en musique, ce Nick Cave là n’est pas l’auteur de Bunny Munro. Et à la dernière ligne du livre, ce rendez vous du lecteur, tout en tendresse guimauve, j’ai su que Nick Cave m’avait posé un lapin

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Mort de Bunny Munro, de Nick Cave chez Flammarion, 332p, 20€

janvier 18th, 2010

Vincent Peillon, le coup d’éclat (im)pertinent

Marine LePen a jugé Eric Besson impoli en ce jeudi soir de messe télévisuelle, après en bon rhéteur,  avoir fait rire d’un seul bon mot assimilant notre ministre de l’Identité Nationale à un produit deux en un «  socialiste et UMP à la fois. » A mes yeux,  sans doute sans en être consciente, l’euro député du Front National a posé la vraie question de fond de cette soirée : celle de la politesse dans le débat démocratique médiatisé, celle que Vincent Peillon lui aussi venait de façon fracassante de remettre en cause en transgressant les codes de conduite oratoire et refusant le débat et ses conditions, dans ce que l’on pourrait interpréter un peu facilement comme un geste outrecuidant de fuite ou du moins peu démocratique de refus du débat.

Le philosophe Vincent Peillon a en ce jeudi soir subordonné le Vincent Peillon politicien pour pouvoir convoquer en un geste violent Habermas, Chomsky , Cicéron et Foucault.  Les réactions a son refus « impoli » de se rendre sur un plateau pour débattre sur un sujet qu’il juge indigne prouvent en majorité par leur caractère offusqué cette forme de résorption de la pensée rhétorique dans le préjugé social, qui est devenu notre quotidien médiatique, avec pour ultime critère ce jugement de la foule.

Le spectacle du débat dévoilé

Dans sa justification a posteriori , Vincent Peillon a convoqué sans les nommer Chomsky et Debord : fabrique du consentement et société du spectacle. Sur l’occurrence du deuxième dans notre vie quotidienne, il n’est point besoin de discuter une évidence.  Mais qu’en est il du premier qui remet en cause la mission de service public au sens noble de ce terme à la télévision française ?

Les modalités ( le piège dit il ) du passage de Vincent Peillon dans A vous de juger ne sont pas pertinentes en l’occurrence. Plus pertinent est le contenu même de l’émission.  Le portrait effectué de M. Besson en début d’émission justifie à lui seul l’argumentaire de Vincent Peillon.  Dans ce « reportage », rien ne nous est épargné, rien n’est politique : apparition de l’intime, justification psychologisante, biographisme politique.  Son ex-femme vient nous donner le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy comme un leitmotiv de la vie de son ex-mari. Ses origines sont évoquées avec force musique, appuyant tant sur la méditerranéité d’Eric Besson que sur l’intime douloureux de la perte d’un père remplacé par  chance par la nation. Après avoir saacrifié à cette mode du témoignage de la maîtresse,  même les politiques socialistes interrogés se livrent à des explications  touchant au pathos , parlant d’humiliation. Rien de politique, rien des convictions, tout dans l’extime. Jusqu’au sacrifice suprême du père préférant son devoir envers la Nation et donc éducateur des valeurs républicaines, comme il lui a été transmis par sa mère à qui il fait « une spéciale dédicace »et restant ministre malgré les pleurs honteux de ses enfants. On l’aura compris M.Besson est humain, trop humain.  M.Besson est français, tout le prouve et tolérant, ce qui restait à prouver. Voilà qui est fait, son identité nationale est établie.

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Puis vint le débat avec Marine LePen qui pose l’identité électorale de ceux que sert M.Besson.  Marine LePen ( qui a hérité des qualités oratoires de son père apparement) fait un contresens lorsqu’elle pose que le FN est le seul  « véritable » opposant à l’UMP , face à l’annonce de la défection de M.Peillon. Elle n’a pas compris que le dispositif de l’émission servait au contraire la fin de convaincre son électorat tout en marquant courtoisement son désaccord avec la xénophobie du FN.  Elle n’est que le contre-exemple sur ce plateau. A l’heure de grande écoute, elle permet à Eric Besson d’être autre chose qu’un traître aux yeux du téléspectateur, mais un être convaincu, car socialiste ou UMP, il sera toujours anti-FN. Elle n’est qu’une stratégie de repoussoir.

S’il est une phrase de cette soirée qui prouve que Peillon a bien fait de convoquer Chomsky, elle vient d’Arlette Chabot qui s’adressant à Eric Besson dit : « vous aimez les effets médiatiques on ne peut pas vous en vouloir vous avez été journaliste ! ». C’est donc cela être journaliste, aimer les effets médiatiques ! Dire que certains pensaient que cela consistait à aimer les faits, les causes, les analyses,  rechercher une forme de vérité !

Ce soir là , l’audimat ne sera pas au rendez vous, mais l’effet médiatique se posera sur ce que l’on attendait pas : la défection « grossière » de Vincent Peillon.  C’est elle qui devient sujet  des interventions, non plus comme habituellement par la présence dans un média mais par l’absence, et plus encore par les modalités de cette absence.

Une polémique est-elle un débat ?

Face à la mine grise de colère contenue d’Arlette Chabot, comment ne pas convenir que M. Peillon a dépasser les bornes de la convenance avec une violence peu commune au service politique de France 2 : un communiqué de presse et l’extinction de son portable ? Faut-il donc être un goujat d’une part et peu démocrate d’autre part pour refuser le débat dans ses conditions ?  Plus largement, quelle part de violence est acceptable dans la pratique du jeu politique médiatisé ?

Vincent Peillon l’a bien compris la polémique nait de la polarisation entre ami et ennemi , face à face constituant du politique et qui prend une dimension tragique avec Eric Besson, ancien compagnon de conviction.  Les procédés dans laquelle celle-ci doit s’exercer sont extrêmement codifiés : langage, présentation etc.  Les opposants rentrent en compétition au sein d’un même espace socio-institutionnel commun dans lequel le but n’est pas d’avoir raison mais de réduire l’autre au silence.  Dans cet espace, l’attention au convenable est essentielle. Pour reprendre Cicéron dans De Oratore, il faut faire preuve de retenues dans les saillies ( dicacitatis moderatio ) et préserver la gravité ( gravitas) en se contrôlant ( temperentia) et en faisant attention à la fréquence de ses traits d’esprit ( raritas dictorum). Ce qu’il ne faut pas, c’est rendre visible une agressivité impropre ( petulentia). Cette même agressivité ne relève pas du fond mais de la forme. On pourrait croire que Vincent Peillon a été «  pétulant » au moins envers  l’animatrice d’A vous de juger ce soir là.

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Mais ce serait méconnaître la nature de la polémique. L’aspect fondamental de celle-ci est de n’être astreinte à aucune condition ou raison, elle est transgressive des normes traditionnelles.  Pour nier l’existence d’un débat sur l’identité nationale, Vincent Peillon a polémiqué en niant l’existence même du dispositif de débat organisé par France 2.

Un risque politique, une identité

Par cette  transgression, Vincent Peillon s’est éprouvé. Il s’est mis en épreuve, c’est-à-dire qu’il traverse un moment destiné à requalifier  son entité, ce qu’il représente, par rapport à des questions saillantes, celle essentielle des modalités du débat démocratique. Ce faisant, et après avoir révoqué tout jugement moral qui fait passer la dissimulation ( agir stratégique ) pour du mensonge, il légitime la violence de son procédé par les graves conséquences sociales que le débat indigne sur l’identité nationale lui semble porter, et en cela, il prend un risque éminemment politique, d’une acuité et d’une profondeur rhétorique peu en cour actuellement.  Vincent Peillon a donc éprouvé son identité politique et éprouve la notre en mettant à jour la distorsion entre le réel de la politique politicienne et l’idéal de débat démocratique. En somme, il a donné sa pierre à l’édifice de débat national d’Eric Besson : être français, c’est être éminemment politique.

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janvier 18th, 2010

Au crépuscule

Est il nécessaire d’expliciter pourquoi poser sur cette table de nuit virtuelle mes pensées crépusculaires ? Un bloc notes de réflexion et d’opinion.  Une façon de faire tourner plus vite et aller plus loin la roue de mon esprit.

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Sur cette table de net, je poserai mes livres ( en papier ou pas ) dans la catégorie Papier de net, mes réflexions plus ou moins prospectives sur l’édition dans la catégorie Idée Noire, celles qui me viennent devant le spectacle de l’écran  de télévision ou d’ordinateur ( Ecran de nuit)  mes opinions citoyenne dans celle Cité de Nuit, et dans celle du Mot de Nuit, toutes ces petites choses que l’on devrait ranger dans le secret des tiroirs de notre table de nuit, qui l’encombre par leur futilité mais qui sont indispensables.

Bref, (j adore ce mot vous allez le voir ) , je vous donne un accès direct à la chambre à air de la roue de mes réflexions et vous autorise à venir la dégonfler quand vous voulez !